A quoi ressemblera le secteur de l’énergie dans 30 ans ?

Dessine-moi le monde de l’énergie de demain… La Commission de régulation de l’Energie (CRE) a relevé le défi. S’appuyant sur l’étude commandée au cabinet de conseil E-CUBE Strategy Consultants (« Study on strategic perspectives of energy  »), l’autorité indépendante, que préside Jean-François Carenco, décline une douzaine de thèses qui permettent d’esquisser un portrait général.

Face à un avenir « profondément incertain, ces thèses sont évidemment formulées avec l’humilité qui s’impose s’agissant d’un exercice de prospective à moyen-long terme », prévient le régulateur français créé en 2000. Voici les principaux enseignements.

Le secteur va accélérer sa transformation

Sous la pression des enjeux économiques (prix du baril de pétrole, percée des énergies renouvelables…) et socio-environnementaux (Accord de Paris), le monde de l’énergie a davantage évolué lors de la dernière décennie qu’en un siècle. Conjuguée avec l’entrée en force des technologies de l’information (blockchain, big data, IoT, smart metering, Intelligence Artificielle), cette dynamique ne fera que s’accélérer à l’horizon 2030-2050.

Un exemple :  le stockage massif de l’électricité par le biais des batteries (incluant une forte proportion d’énergies renouvelables intermittente) va devenir une composante essentielle du système. Il s’imposera grâce à la baisse des coûts, à l’instar de ce qui s’est produit avec le photovoltaïque.

Le consommateur va prendre le contrôle

Renversement de perspective aux conséquences immenses : avec ces nouvelles technologies, le consommateur sera au centre du dispositif. Côté approvisionnement, de nombreuses alternatives au « fournisseur classique » vont en effet s’offrir à lui. Particulier ou PME, il sera de plus en plus souvent « autoproducteur », notamment en Europe.

Il pourra se procurer de l’électricité sur des plateformes « peer-to-peer » (sous-tendues par la technologie Blockchain , par exemple), qui lui permettront de choisir à son gré l’énergie provenant d’actifs de production identifiés et localisés (logique de circuits courts) et/ou de vendre production excédentaire.

Les grandes entreprises, elles, passeront en direct des contrats d’achat long terme avec les producteurs d’énergies renouvelables. Enfin, particuliers et entreprises bénéficieront des nouvelles solutions de gestion de la demande (Big Data, IoT, smart metering, intelligence artificielle…) pour mieux maîtriser leur consommation.

La demande d’énergie va diminuer en Europe

Tirée par les besoins des pays en développement, la demande d’énergie finale augmentera à l’échelle mondiale mais diminuera fortement en Europe et en France, y compris pour le gaz naturel, sous l’effet notamment des politiques d’efficacité énergétique.

Ce recul prévu de la demande de gaz « doit conduire à ne pas envisager de nouveaux investissements d’infrastructure en dehors d’enjeux de sécurité d’approvisionnement ou de développement du gaz vert », préconisent les experts. Et l’avenir dira si la filière hydrogène, que  la France notamment est déterminée à promouvoir , tiendra ses promesses.

Vers des mix électriques largement décarbonés

Les nouveaux mix électriques seront sans carbone, et compétitifs par rapport au thermique fossile car les nouvelles capacités seront très majoritairement d’origine renouvelable. Ces systèmes fortement décarbonés (à plus de 80 %) se généraliseront dans les dans les zones interconnectées des pays développés « au plus tard à l’horizon 2050 ». Mais aussi, avant cette date, dans les zones non connectées au réseau principal.

Cette évolution vers un mix comportant une proportion élevée d’énergies vertes – leur part dans les investissements neufs dans le monde a plus que doublé en dix ans pour atteindre 240 milliards de dollars en 2016 -, ira de pair avec une refonte totale des systèmes et des réseaux.

Statistique: Montant d
 

Sous peine de voir exploser les coûts du réseau, les différents intervenants devront mieux s’organiser en amont pour coordonner les investissements, qu’il s’agisse de production, de réseaux de transport ou de distribution.

De nouvelles formes de flexibilité

Ces nouvelles formes de flexibilité répondent aux enjeux d’insertion de la production renouvelable ; elles vont changer la nature des réseaux mais aussi leur exploitation. Des outils décentralisés (stockage, effacement, modulation de consommation, batteries, production décentralisée…) offriront des réponses aux besoins de flexibilité accrue.

Cette flexibilité suppose d’agréger un grand nombre de points diffus. C’est pourquoi les gestionnaires de réseaux de distribution devraient se transformer en véritables opérateurs. A charge pour eux de gérer les réseaux et d’organiser les marchés locaux de flexibilité.

Une architecture en grappes de microréseaux

Finie l’architecture « descendante »  propre aux industries de réseau(transport, énergie…), l’avenir appartient aux modèles éclatés qui articulent des grappes de microréseaux ou «  microgrids  ». La production renouvelable distribuée, associée au stockage par batteries, permettra d’assurer localement l’approvisionnement des quartiers.

Dans les zones du monde exposées à des événements climatiques extrêmes – les Etats-Unis par exemple -, « ils se développeront en raison de leur résilience, même si leur coût est plus élevé », notent les auteurs. Dans les pays émergents dépourvus de réseau central, l’électrification se déploiera sur la base de « microgrids » connectés progressivement entre eux.

LesEchos