L’Arabie Saoudite dans la course au développement du nucléaire civil

Ultra-dépendante du pétrole, l’Arabie saoudite a annoncé vouloir accélérer la mise en œuvre de son programme dans le nucléaire civil. Le gouvernement a officiellement approuvé, mardi 13 mars 2018, « la politique nationale sur le programme de l’énergie atomique » et compte sur la mise en service de ses premiers réacteurs d’ici 2027.

Une diversification indispensable du bouquet énergétique

Poussé par la chute des prix du pétrole depuis 2014 et par l’augmentation de son déficit public qui en a résulté (53 milliards de dollars en 2017, soit environ 45 milliards d’euros), le gouvernement saoudien s’est engagé bon gré mal gré dans un processus de diversification de son économie, trop largement dépendante des combustibles fossiles. Rappelons que la quasi-totalité de l’électricité du Royaume est toujours générée à partir de pétrole et de gaz naturel, et que la baisse des cours a contraint le pays à tailler dans les subventions publiques et à retarder de grands projets d’infrastructures.

Pour remédier à cette situation et répondre à des besoins croissants en énergie, Riyad entend s’appuyer à la fois sur les énergies vertes et l’énergie nucléaire avec pour objectif d’atteindre une part de 55% d’énergie décarbonée dans son mix énergétique à l’horizon 2040. Un enjeu de taille pour l’Arabie saoudite, pays de 32 millions d’habitants, et dont la consommation d’énergie (qui augmente de plus de 5% par an) devrait doubler dans les 15 prochaines années.

Objectif de 16 réacteurs nucléaires d’ici 2040 en Arabie Saoudite

Outre les énergies vertes donc qui font déjà l’objet d’un important programme de développement lancé en 2017 pour un coût de 30 à 50 milliards de dollars, l’Arabie Saoudite a confirmé ses grandes ambitions pour le développement de l’énergie nucléaire civile dans les deux prochaines décennies. Le gouvernement a officiellement « approuvé la politique nationale sur le programme de l’énergie atomique », mardi 13 mars 2018, et détaillé ses objectifs en la matière qui portent dans un premier temps sur la construction de 16 réacteurs nucléaires d’ici 2040, pour un coût total estimé autour de 80 milliards de dollars (65 milliards d’euros).

Le royaume wahhabite souhaite atteindre une capacité de production de 17,6 gigawatts d’ici 2040, soit un peu plus de 10% de la production totale d’électricité, et débutera par la construction de deux réacteurs, produisant chacun entre 1,2 et 1,6 gigawatts. Riyad compte sur une mise en service de ses deux premières unités de production dès 2027 et devrait logiquement accélérer le processus de négociations en cours suite au lancement de son premier appel d’offres. Dès le mois prochain, le gouvernement pourrait donc présélectionner deux à trois entreprises internationales parmi cinq groupes originaires de Chine, de Corée du Sud, de Russie, de France et des Etats-Unis, « avant de fixer son choix définitif en décembre », a précisé à l’agence Bloomberg Abdel Malek al-Sabery, consultant au King Abdullah City for Atomic and Renewable Energy (Kacare).

Un marché prometteur pour l’EPR français ?

Si la concurrence fait rage sur ce dossier, la France bénéficie de bonnes relations diplomatiques et commerciales avec l’Arabie Saoudite, et semble d’ores et déjà bien positionnée. Les groupes français EDF et Orano (ex-Areva) ont ouvert dès 2012 un bureau commun à Riyad pour conseiller les autorités sur le nucléaire et les énergies renouvelables, et entre 2014 et 2016, plusieurs accords ont été signés entre EDF et la Saudi Electricity Company (aide technique, formation d’ingénieurs nucléaires). Une lettre d’intention signée en 2015 entre les gouvernements français et saoudien envisageait déjà la construction de deux réacteurs EPR en Arabie Saoudite dans le cadre d’un contrat avoisinant les 20 milliards d’euros, et en juillet 2017, une délégation de l’agence gouvernementale Kacare a été reçue à Paris.

Mais attention, le groupe français n’est pas le seul sur le pont. Les puissants groupes chinois (CGN et CNNC), coréen (Kepco), russe (Rosatom) et américain sont bien présents eux aussi. Pour exemple, l’agence russe Rosatom a signé en 2015 un premier accord de coopération intergouvernementale avec l’Arabie Saoudite pour la construction éventuelle de 16 réacteurs, et la visite du prince héritier Mohammed ben Salmane aux Etats-Unis du 19 au 22 mars prochain, devrait déboucher là encore sur un accord préalable de coopération nucléaire avec Washington.

L’Energeek